Pourquoi les débourrages sont-ils si souvent ratés ?

Pourquoi les débourrages sont-ils si souvent ratés ?

Une étape cruciale, discutée, débattue à de maintes reprises dans le monde équestre : c’est celle du débourrage. Ce moment où le jeune cheval découvrira pour la première fois le cavalier, et tout ce qu’il implique : outils, mouvement, relation, etc. En tant que professionnelle du comportement équin, je me permets d’affirmer sans problème qu’une immense majorité de débourrages sont bâclés, et par conséquent, ratés. Certains, comme par miracle, et grâce à des chevaux aux personnalités particulières, réussissent malgré un manque de structure et de progressivité. Cela n’est pas pour autant qu’il faut continuer à faire les choses à l’arrache en très peu de temps… Voici quelques conseils pour assurer un débourrage réussi à votre cheval.

Ingrédient n°1 : du temps, de la patience, du temps, de la patience

Et vive les débourrages faits avec amour 😉

Je sais que dans le monde des cavaliers professionnels, un débourrage qui dépasse un mois c’est généralement vu comme un échec. Soit on profite pour avoir des rentrées d’argent longtemps, soit on n’est pas capable de débourrer efficacement. Je sais également que du côté des propriétaires amateurs, un débourrage fait chez le pro ne doit pas trop durer. Car ça coûte trop cher.

Il faudra donc trouver le compromis idéal pour ne pas bâcler les apprentissages essentiels pour votre jeune cheval. Par exemple, mettre le cheval chez un pro 1 mois, puis le récupérer sans être capable de prendre en charge la suite de l’apprentissage : c’est une perte d’argent et de temps.

Un débourrage, c’est comme de l’artisanat :la qualité doit primer sur la quantité, sinon ça devient de l’industriel. Or, chez le vivant, l’industriel c’est pas toujours la meilleure idée. Si vous voulez avoir un futur cheval sécurisant, sûr de lui et épanoui, il va falloir prendre beaucoup de temps au début… Pour en gagner plus tard.

Ingrédient n°2 : l’humilité et la remise en question

Les propriétaires amateurs veulent absolument que leur cheval chéri d’amour ait un débourrage serein. Ils veulent également être intimement lié à cet instant décisif de la vie de leur cheval. Ils rêvent parfois même d’être le premier cavalier, comme si cet instant scellait quelque chose dans leur relation.

Du coup, beaucoup d’amateurs décident de se lancer seulsdans l’aventure. Ça n’est pas nécessairement un problème, mais il va falloir être sérieux pour éviter d’implanter les graines de la mésaventure. Car elle pourrait surgir des années plus tard, à cause de mauvaises habitudes prises dès les premières années du jeune cheval…

J’ai trop vu des cavaliers amateurs qui surestimaient un peu la relation avec leur cheval, ainsi que leurs compétences intrinsèques. Faites vraiment attention à ça. Je suis sûre que vous faites du mieux que vous pouvez avec votre cheval, et qu’il est heureux. Mais le passage sur son dos, et toute la préparation à cet instant, c’est vraiment pas quelque chose à prendre à la légère.

Ainsi, si vous vous êtes lancés dans l’aventure et que vous avez réussi : bravo ! Pour ceux qui ont eu toutes les complications qu’on rencontre souvent, voire même des accidents… Faites vous accompagner dès que vous trouvez que ça sent le poisson. Dès que vous avez un doute, n’hésitez pas, contactez un pro. Même pour une séance qui parfois, suffit à tout débloquer.

A savoir : le programme Jeune Cheval sur The Tack Room vous permettra d’avancer déjà bien dans la préparation pré-débourrage. Si vous l’appliquez réellement ! Cependant, nous vous recommandons de vous faire accompagner lors dudit débourrage…

Ingrédient n°3 : un pro vraiment pro

Les “spécialistes” du débourrage courent les rues, en ce moment. Après avoir vaguement réussi le débourrage de 2 ou 3 chevaux sans mourir… Un cavalier va vendre ses services de débourrage quasi express, réussite garantie en 1 mois ou 2.

Méfiez-vous et prenez le temps d’aller voir comment le pro que vous envisagez procède. Les bons professionnels spécialistes des jeunes chevaux sont finalement très rares… Certains ne sont pas forcément des connaisseurs des théories de l’apprentissage, mais ils font pourtant du très bon travail.

A savoir : les abonnés The Tack Room auront bientôt accès à une carte des meilleurs pros dans leurs régions respectives.

Ingrédient n°4 : la progressivité

Ce qui est la clé de tout nouvel apprentissage réussi, c’est la progressivité avec laquelle on l’introduit au cheval. Un débourrage qui “force”, où l’on met selle, sangle, filet et mors et on lance le cheval au galop pour “voir ce que ça va donner” sans préparation… c’est une bêtise. Une grosse bêtise, qui peut traumatiser un cheval pour toujours.

On voit beaucoup trop de débourrages où les jeunes chevaux envoient environ 150 signes de stress par minute. Et où l’on va continuer, malgré tout, à lui demander quelque chose qu’il ne pige juste pas du tout,ou bien auquel il n’est même pas préparé. Typiquement, la selle et surtout le sanglage. Il existe plein de techniques avec la longe pour préparer en douceur au sanglage. Cela prend un peu plus de temps (cf. Ingrédient n°1), mais c’est pour gagner un cheval qui apprend en s’amusant, qui reste cool et curieux. Ca vaut le coup non?

Décomposez à fond les apprentissages. Surtout si votre cheval montre beaucoup d’inquiétude à chaque nouveauté (cf. cerveaux droits extravertis).

Ingrédient n°5 : des bases solides au sol

Si ça peut paraître étrange d’insister là-dessus, laissez-moi m’expliquer un peu.

De mon point de vue, un débourrage se passera 10 fois mieux si de très bonnes bases ont été solidement installées au sol. En effet, le travail au sol a un objectif principal… faire des cabrés mettre en place une langue commune entre vous et votre cheval (cf. cet article).

DONC, théoriquement, une vraie bonne base de travail à pied équivaut à une preuve nette que le cheval et le cavalier sont capables de se comprendre de façon assez subtile.

Et ceci va considérablement vous aider en selle, où vous utiliserez les 7 Jeux d’office :

  • jeu de l’amitié : dans tous les sens avec selle, sangle, tapis, mouvement du cavalier…
  • jeu du porc-épic : pour la direction, pour avancer…
  • jeu de la conduite : pour le mouvement en avant au début…
  • jeu du yo-yo : transitions
  • jeu du cercle : qui viendra assez vite dans le débourrage…
  • jeu des déplacements latéraux : probablement lors du montoir 😉
  • jeu du passage étroit : le cavalier est un géant jeu du passage étroit 🙂 !

Alors, prenez le temps d’améliorer votre communication au sol. Vous verrez que ça facilite énormément le passage sur le dos du cheval 😉

Ce message est valable pour toutes les ambitions !

Que vous rêviez d’aller aux JO ou bien d’aller à la plage : ce que je viens de raconter est totalement universel. C’est aussi important et primordial pour les chevaux d’amateurs que pour les futurs chevaux de compétition. Cela facilite tout, rend le cheval plus confiant et serein, ce qui par conséquent aère l’esprit du cavalier. Le couple cavalier-cheval peut alors se concentrer sur l’essentiel 🙂

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