La fracture qui m’a ouvert les yeux – partie 2

La fracture qui m’a ouvert les yeux – partie 2

Suite à cette chute et cette fracture, j’ai été immobilisée pendant plusieurs semaines. Avec le recul, je me rends compte à quel point cette malheureuse aventure nous aura été bénéfique à tous les deux. Nous avons en effet découvert une nouvelle manière de penser et de faire avec le horsemanship.

La peur et la remise en question

J’ai commencé à prendre cours avec Aurélie de Mévius, instructrice Parelliet désormais enseignante pour The Tack Room. Je savais que j’avais sans doute loupé quelque chose dans la chronologie du redébourrage de Momo. Et surtout, j’avais beaucoup trop peur d’une nouvelle chute pour m’atteler toute seule à reprendre le travail.

La première chose qu’elle m’a dite après avoir observé une première séance de travail est qu’il n’était absolument pas prêtà être monté. Selon elle, et je m’en suis rendue compte à force de travail, il restait encore énormément de choses à travailler à pied avant d’envisager de travailler monté.

Elle m’a fait réaliser que j’avais mis Momo dans une petite bulle qui ne lui permettait jamais d’être confronté à des situations un peu stressantes. Et si par malheur cela arrivait, je désamorçais tout de suite la situation pour éviter de le faire monter en pression. Cela partait d’une bonne intention, mais ce n’était absolument pas la bonne méthode pour le faire évoluer.

Le fameux “réflexe d’opposition” heureusement devenu très rare à l’heure actuelle

Le fitness émotionnel vs. le cerveau droit introverti …

Ceux d’entre vous qui connaissent le horsemanship auront sans doute déjà entendu parler du terme spécifique que l’on utilise pour parler de la capacité du cheval à gérer ses émotions. Il s’agit du fitness émotionnel. Comme je l’ai dit dans la première partie de cet article, Momo est à la base un cheval dit « cerveau droit introverti ». Aurélie m’a expliqué que bien que ces chevaux semblent « exploser » soudainement « pour rien ». Ils semblent … car ils montrent en réalité de nombreux micro-signes de stress qu’il faut apprendre à décoder pour pouvoir désamorcer la situation de façon intelligente. Ce sont des chevaux qui, si on ignore leur stress grandissant discrètement, finiront par se laisser emporter par leurs émotions. Ils donneront alors l’impression de ne plus utiliser leur cerveau.

La première étape de notre travail a donc été d’apprendre à lire Momo. Un froncement de naseau, les fesses qui se serrent légèrement, un état non pas calme et détendu mais figé par le stress, les yeux qui s’écarquillent très légèrement,… Toutes ces choses que je n’avais pas pu déceler auparavant et qui m’auraient sans aucun doute évité une fracture.

… sortir de sa zone de confort

Apprendre à le décoder m’a permis de comprendre à quel moment la situation devenait trop difficile à gérer pour Momo. Mais cela ne signifiait pas qu’il fallait arrêter ce que j’étais en train de faire ! S’il montrait des micro-signes de stress, je devais en tenir compte et ne pas augmenter la pression. Mais je devais poursuivre l’exercice, en redescendant si besoin la pressionà un niveau acceptable pour lui.

Au fur et à mesure du travail, cela me permettait d’augmenter mes exigences et de le confronter de manière sécurisée aux choses qui le stressaient. Cela me permettait aussi de lui faire comprendre qu’il pouvait redescendre en pression car il ne se passait rien de grave. Au lieu de le mettre dans un petit cocon et éviter de le stresser, j’ai appris à doser correctement les choses. Cet apprentissage m’a permis de le faire sortir de sa zone de confort (et la mienne, par la même occasion !) et de le faire grandir dans son travail.

Un des éléments cruciaux pour évoluer dans le travail avec un RBI est d’être assez sûr de soi pour être digne de confiance ! 

… et le fitness émotionnel de la cerveau gauche humaine 🙂

L’autre élément crucial de notre évolution a été la maîtrise de mes propres émotions et de ma gestuelle. Apprendre à ne pas stresser moi-même lorsque je le voyais monter en pression. Rester détendue et souriante quoi qu’il arrive est nécessaire pour ce genre de cheval… Il lui fallait un référent stable et sûr de lui, à qui pouvoir se fier. L’amélioration de ma gestuelle et de la clarté de mes demandes a également été salvatrice pour nous, puisqu’elle a permis une autre forme de stabilité. Être constante dans mes demandes, être réellement en « mode on » ou « off » a été la clé d’une communication réussieentre lui et moi.

Un besoin de constance pour évoluer

Aujourd’hui, bien que je manque cruellement de temps pour terminer le redébourrage de Momo, je suis extrêmement fière du chemin que nous avons parcouru tous les deux. Si vous êtes déjà abonné à la plateforme, vous avez pu le voir à dans plusieurs vidéos. Il y a notamment ce jeu de l’amitié de l’extrême que je n’aurais jamais imaginé pouvoir faire il y a quelques mois ! A l’heure actuelle, sa capacité à gérer ses émotions est devenue vraiment bonne. Même s’il lui arrive encore de temps en temps de monter en pression, son retour sur terre est beaucoup moins laborieux qu’avant.

La seule difficulté que je rencontre encore avec lui est son besoin de constance dans le travail. Je ne peux pas me permettre de « l’abandonner » plusieurs semaines en espérant le retrouver tel que je l’ai laissé. La régularité, la patienceet la maîtrisede moi-même ont été les clés de son évolution, et resteront toujours les maîtres mots de notre réussite.

Alors, si vous rencontrez vous-même des difficultés de gestion d’émotions chez votre cheval, je n’ai qu’un seul conseil à vous donner. Si vous avez l’impression qu’il explose « pour rien », sans prévenir, sans signe annonciateur : cherchez de l’aide. Il est fort possible que votre cheval vous prévienne, mais que vous n’ayez pas les connaissances pour décoder ses signaux d’alerte. Apprenez à le lire, à l’entendre et à adapter vos exigences à son état émotionnel. Il deviendra sans aucun doute le partenairele plus appliquéet le plus volontairedu monde !

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