La fracture qui m’a ouvert les yeux – partie 1

La fracture qui m’a ouvert les yeux – partie 1

Lucie Gérard est la cofondatrice de The Tack Room. Propriétaire d’un jeune cheval et cavalière de loisirs, elle vous propose aujourd’hui une réflexion sur sa découverte du horsemanship et des événements qui l’ont poussée à s’y intéresser plus en profondeur, et notamment une belle fracture suite à une chute.

 

Monter à cheval sans se poser trop de questions

Il y a environ 5 ans et demi, j’ai redécouvert l’équitation après presque 15 ans d’arrêt. Je me suis remise en selle rapidement, sans me poser trop de questions, sur un poney qui partait en balade facilement. Au bout de quelques mois, ayant repris confiance en moi et en mes capacités à gérer un poney de petite taille, je me suis intéressée à Momo, le cheval d’une connaissance qui n’avait pas beaucoup de temps à lui consacrer.

J’ai appris que cette connaissance avait peur de son cheval parce qu’il l’avait embarquée plusieurs fois, dont une fois en balade, dans un champ de pommes de terre, sur un bon kilomètre et malgré son mors espagnol à gourmette. La réflexion de tous les gens qui s’en étaient occupés à l’époque était la même : à un moment donné, sans explication, ce cheval pétait un câble et fonçait droit devant lui sans réfléchir.

Les plus initiés d’entre-vous auront déjà eu la puce à l’oreille : ne serait-ce pas tout simplement un cerveau droit introverti bien incompris ?! Et vous avez totalement raison. Mais à l’époque, personne dans mes connaissances ne s’intéressait au horsemanship et ces notions m’étaient totalement inconnues.

 

Un cheval un peu plus compliqué

J’ai commencé très simplement à “réapprivoiser” Momo, qui était désormais pratiquement inattrapable en prairie, d’abord en m’asseyant contre la porte de son box, puis dans son box, à une distance sécuritaire, en lui proposant des grattouilles et des friandises si il le souhaitait. Je ne suivais aucune méthode particulière, je suivais simplement mon instinct qui me disait qu’avant toute chose, il fallait gagner sa confiance.

Au bout de quelques temps, il s’est laissé caresser sur tout le corps, mis à part les oreilles. C’est un espagnol, et ceux qui connaissent les méthodes de débourrage de certains marchands du sud comprendront tout de suite pourquoi les oreilles posent tant de problèmes aux ibériques débourrés là-bas : lors du débourrage, il est effectivement fréquent de tordre les oreilles du cheval pour l’empêcher de bouger. C’est le clicker qui m’a finalement permis de résoudre le problème des oreilles et de lui passer un licol sans déclencher une réaction de fuite excessive.

 

 

Aujourd'hui, les oreilles sont le spot gratouilles favori de Momo 🙂

 

La découverte du travail à pied et le redébourrage

Cette première étape passée, j’ai commencé à travailler à pied avec lui grâce aux différents exercices que j’avais trouvés sur Internet à l’époque, un mélange des 7 jeux Parelli et de très simples extraits de DVD d’Andy Booth. Je me suis rendue compte qu’il était extrêmement appliqué dans le travail, et très léger : quelques séances lui ont suffit pour comprendre le déplacement des épaules et des hanches, le jeu du cercle, le yo-yo,...

Le jeu de l’amitié a été plus compliqué et je comprends pourquoi aujourd’hui : il demande un certain degré de confiance du cheval envers le cavalier, mais aussi envers lui-même et son environnement, pas encore atteints par Momo à l’époque. Après plusieurs mois de travail et la confiance installée, nous avons atteint un niveau que j’estimais très satisfaisant à ce moment-là, et avec l’aide d’une monitrice, nous avons entamé le redébourrage de Momo.

Un RBI (cerveau droit introverti) appliqué et attentif au travail ...

Il n’a pas fallu longtemps pour constater que les embarquements intempestifs n’étaient pas de l’histoire ancienne : dans la carrière fermée de la pension, je me suis faite embarquer à de nombreuses reprises, en ayant plus aucun contrôle sur mon cheval. Arrêts d’urgence, cercles de plus en plus petits, rien ne fonctionnait car il était en réalité impossible de plier son encolure. J’ai donc passé des dizaines de tours de piste au galop de charge en priant pour ne pas tomber, que le cheval ne se fauche pas dans ses tournants pris beaucoup trop rapidement et finalement qu’il s’arrête à un moment donné sans m'éjecter.

Nous ne comprenions pas ce qui déclenchait ses pétages de plomb et nous pensions qu’à force de lui montrer qu’ils ne menaient à rien, cela cesserait.

Les départs au galop de charge sont heureusement devenus de plus en plus rares et j’étais persuadée qu’on était réellement sur la bonne voie. Je suis même partie en extérieur avec deux autres chevaux, et j’ai terminé la balade sur son dos. Je le sentais nerveux, mais je n’étais pas consciente du fait que j’avais sous les fesses une petite bombe à retardement.

 

Et ce qui devait arriver arriva : la chute !

Jusqu’au jour où ce qui devait arriver arriva : des conditions climatiques un peu piquantes, du vent. Je me suis mise en selle, j’ai fait les vérifications d’usage avant de démarrer (flexions latérales, léger jeu de l’amitié en bougeant les jambes et les bras,...) et bien que je le sentais encore plus tendu que d’habitude, étant accompagnée ce jour-là, j’ai pris la piste. Il n’a pas fallu un tour complet pour qu’il ne démarre et m’embarque une nouvelle fois.

Mal sanglée, j’ai senti la selle commencer à tourner, et après plusieurs tours de piste ainsi qu’un virage à 120 degrés qui m’a pratiquement désarçonnée, j’ai décidé de sauter. Je ne sais pas dire comment je suis tombée au sol, mais le résultat de ma chute n’a pas été celui escompté : je me suis cassé le bras. A l’hôpital, on a appelé rapidement la personne qui avait une “sale fracture avec déplacement”. C’était moi !

 

 

Les conséquences d'une incapacité à décoder un cheval : ça peut parfois faire très mal !

 

Je suis certaine que, même si vous n’êtes pas allés jusqu’à la fracture, l’opération et les séances de kiné, beaucoup d’entre-vous se reconnaissent dans mon histoire avec Momo. Si vous êtes toujours coincés au stade de l’incompréhension et des pétages de plomb, surtout ne vous risquez pas à monter sur votre cheval. Si vous n’êtes pas sûrs du coach qui vous accompagne, ou si vous allez parfois à l’encontre de votre ressenti parce que vous êtes entourés de professionnels “qui savent”, il est préférable pour tout le monde de vous écouter et de prendre du recul sur la situation.

 

Je vous expliquerai dans un prochain article toutes les choses que j’ai mises en place et le long travail de rééducation dont Momo a bénéficié pour devenir, aujourd’hui, un cheval bien plus équilibré et confiant. Parce que non, tout n’est pas perdu et si vous avez en réserve beaucoup de patience, de tact et de motivation, je vous promets que la situation ne peut que s’améliorer  !

 

P.S. : si vous êtes abonné à la plateforme, vous aurez peut-être reconnu Momo, qui apparaît dans plusieurs de nos programmes, notamment celui-ci. Vous voyez qu'il y a de l'espoir ! 🙂

Commentaire (1)

  • JM

    « Chouette » histoire (je mets des guillemets hein!) , hâte de lire la suite 🙂