Gestionnaire de pension vs. propriétaire de cheval

Gestionnaire de pension vs. propriétaire de cheval

",J’ai la chance (enfin, je crois ?) d’être dans une situation un peu particulière par rapport à mon cheval et à la pension dans laquelle il se trouve. Pour résumer la situation, le gestionnaire de cette pension est le père de mon compagnon. Il y a deux ans j’ai décidé de me lancer dans l’aventure de propriétaire et d’acheter un poulain espagnol : cela tombait sous le sens de le mettre en troupeau chez nous, pratiquement dans mon jardin. Mon beau-père a décidé de ne pas me faire payer de pension et en échange, j’ai décidé que je lui donnerais un gros coup de main dans la gestion de la pension.

 

La double casquette

Cela fait donc deux ans que je suis à la fois propriétaire d’un cheval dans une pension, mais aussi « co-gestionnaire » de celle-ci, puisque je m’occupe (avec l’aide d’autres personnes) des rotations de prairies l’été, des réparations de clôtures, de rentrer/sortir les chevaux l’hiver, de la distribution du foin en fin de journée,… Bref, j’ai deux casquettes au sein de la pension, et cette situation particulière m’a permis de me rendre compte que les gestionnaires et les propriétaires de chevaux ont parfois souvent du mal à se comprendre.

 

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Les propriétaires de chevaux viennent régulièrement vers moi pour me faire part de leurs « problèmes », sans forcément se rendre compte que leurs plaintes peuvent être vexantes pour les gestionnaires. C’est souvent comme ça lorsque les gens ont des points de vue différents sur une même situation : tout le monde a l’impression d’avoir raison, et les critiques ou les refus peuvent blesser, des deux côtés !

 

On fait ce qu’on peut

Aujourd’hui j’ai envie de vous dire que, en tout cas dans les pensions où les gestionnaires se remettent régulièrement en question et évoluent dans leur manière de penser, on fait ce qu’on peut. On fait ce qu’on peut pour proposer un service qui soit respectueux des chevaux et des propriétaires, mais aussi de nous-mêmes. Ceux d’entre vous qui ont déjà eu l’occasion de gérer une pension ou d’y travailler le savent... C’est parfois très compliqué de combiner les conditions de vie idéales avec un confort minimum pour les propriétaires, un prix de pension raisonnable et un bénéfice suffisant pour les gestionnaires !

D’autant plus que nous ne maîtrisons pas toutes les variables qui entourent le bon fonctionnement de la pension : la météo, les récoltes, les particularités de certains chevaux (que ce soit au niveau relationnel ou santé), les attentes spécifiques des propriétaires,… Il est parfois bon de le rappeler à ceux qui pensent que les gestionnaires de pension ne sont là que pour s’en mettre plein les poches : le milieu du cheval est difficile, et rares sont les gestionnaires qui gagnent correctement leur vie uniquement grâce à leur pension pour chevaux.

 

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Ce qui n'arrivera jamais à un gestionnaire de pension pour chevaux à la fin du mois 😀

 

Le prix qui fâche

La palme d’or du sujet le plus délicat revient au prix de la pension : dans notre cas en particulier, il y a eu une augmentation du prix de la pension, deux années de suite. Nous proposons toujours la pension la moins chère de notre région, mais les prix étaient vraiment dérisoires auparavant.

La première augmentation était justifiée par l’augmentation du coût des matières premières au cours des années précédentes. La seconde, l’année suivante, était justifiée par une nouvelle organisation dans la gestion de la pension : instauration de coprologies à charge du gestionnaire une à deux fois par an (parce qu’effectivement, les chevaux plus ou moins abandonnés par leurs propriétaires et jamais vermifugés réinfestaient chaque fois ceux dont les propriétaires prenaient soin !), achat et administration des vermifuges nécessaires à charge du gestionnaire, nouvelle gestion des pâtures par rotation afin de garantir un accès pratiquement constant à une herbe de qualité durant la belle saison, une tâche relativement chronophage…

Je vous rassure tout de suite : en deux ans, nous n'avons pas augmenté la pension de 50€/mois et surtout, les bonnes pratiques mises en place ont largement justifié cette augmentation. Et pourtant, beaucoup de propriétaires ont remis en question le nouveau prix, et certains sont partis de chez nous. Ceux qui vermifugeaient régulièrement leurs chevaux ne voyaient pas l’intérêt de notre prise en charge de cet aspect, et ils ne comprenaient pas non plus l’intérêt des rotations de pâtures puisque « ça fonctionnait bien avant sans ça ».

 

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Si on peut imaginer que deux augmentations consécutives ont allégé le portefeuille des propriétaires (et nous sommes d'accord que ça n'est jamais une partie de plaisir), nous avons été déçus de constater que nos efforts pour améliorer le bien-être et la santé des chevaux n'étaient pas mieux accueillis par certains propriétaires.

 

Oups je l'ai touché dans le coeur

Le deuxième sujet qui fâche beaucoup les propriétaires est la gestion des différents troupeaux. C'est incroyable comme cela devient très rapidement émotionnel lorsqu'on décide, pour raison x ou y, de modifier la composition des troupeaux. Nous essayons toujours d'équilibrer nos deux troupeaux en termes de nombre d'individus, mais aussi de sexe. On accorde également une certaine importance eu fait que tous nos chevaux se connaissent et puissent être mis ensemble si nécessaire.

Nous avons donc décidé que l'hiver, lorsque les chevaux sortent uniquement en prairie la journée, ils le feraient avec des chevaux qu'ils n'ont pas côtoyés quotidiennement en été. Ceci nous est aussi utile lorsqu'un cheval part et qu'un autre arrive, et qu'il est parfois nécessaire de faire quelques ajustements. Même si nous essayons de laisser les meilleurs amis ensemble, il y a toujours un propriétaire qui ne sera pas content : "j'aimais mieux quand le cheval de ma meilleure amie était avec le mien", "je préférais les prairies du haut plutôt que celles du bas",...

 

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Et franchement, c'est fatiguant. En tant que propriétaire, je comprends parfaitement le pincement au cœur que cela peut provoquer lorsqu'on voit son cheval se faire chasser par un autre plus dominant, ou quand on remarque que son 3ème meilleur ami a changé de troupeau et ne sera plus là pour se taper des sprints avec la prunelle de nos yeux. Mais en tant que co-gestionnaire, je sais aussi à quel point c'est ennuyant de passer des heures à réfléchir à la meilleure répartition qui puisse exister, qui respecte les désidératas de chacun et les affinités des chevaux, pour recevoir ensuite des plaintes des différents propriétaires. Finalement, ça ne donne même plus envie de faire des efforts pour essayer de contenter les gens, parce que de toute façon, il y aura toujours des mécontents ...

 

La clé de l'harmonie gestionnaire de pension vs. propriétaire de cheval

Vous en aurez sans doute vite marre que je revienne encore et toujours avec le même concept, mais il se trouve que j'ai vraiment l'impression que c'est la clé de l'harmonie sur terre (rien que ça !) : la communication. C'est fou comme communiquer calmement, à temps, dans la bienveillance et dans un esprit de compréhension de l'autre permet d'éviter bien des situations délicates. Un gestionnaire de pension qui augmente ses tarifs du jour au lendemain, sans expliquer quels seront les réels bénéfices que pourront en retirer les propriétaires de chevaux, s'avance clairement sur un terrain glissant.

Un propriétaire qui se laisse emporter par ses émotions lorsqu'on touche à son portefeuille ou à son petit coeur en guimauve (arrêtez, on a tous un petit coeur en guimauve quand on touche à nos chevaux !) et qui, du coup, arrête d'utiliser son cerveau et ne parvient pas à se mettre dans la peau du gestionnaire, peut s'attendre à une réaction aussi fermée de la part de ce dernier.

Finalement, tout le monde doit être conscient d'une chose : on veut tous le meilleur pour les chevaux, d'un côté en essayant d'en vivre correctement, de l'autre sans devoir vendre un rein. Il faut donc être prêt à faire des plans de communication auprès des propriétaires afin qu'ils aient toutes les cartes en main pour comprendre les changements et améliorations apportés à la pension d'un côté, et de l'autre comprendre qu'offrir des conditions de vie idéales aux chevaux ne peut pas se faire au détriment d'un salaire correct.

Alors un seul mot d'ordre : co-mmu-ni-quez ! Si quelque chose vous ennuie en tant que propriétaire de cheval, discutez-en calmement avec les personnes concernées. Surtout pas avec les autres propriétaires uniquement, car les bruits de couloir finissent toujours par revenir aux oreilles des gestionnaires! Et c'est souvent bien plus désagréable qu'une conversation franche et bienveillante. Si vous êtes gestionnaire de pension, essayez toujours de vous mettre à la place des propriétaires... Et n'oubliez jamais que le cheval est un sujet très émotionnel pour la plupart d'entre eux. Prenez soin des propriétaires et de leurs petits coeurs, ils vous le rendront bien 🙂

 

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