Gestion de prairies : le monde idéal vs. la réalité

Gestion de prairies : le monde idéal vs. la réalité

Lucie Gérard est la cofondatrice de The Tack Room. Propriétaire d’un jeune cheval et cavalière de loisirs, elle s’implique quotidiennement dans la gestion de la pension pour chevaux de sa famille. Si elle vous écrit aujourd’hui, c’est pour vous parler très concrètement de la gestion de prairies et du fait que même quand on veut, parfois, on ne peut pas… et c’est pas grave !

Améliorer nos prairies grâce aux conseils d’un professionnel

Cela fait maintenant quelques années que je m’implique dans la gestion de la pension chez moi. Nourrissage des chevaux l’hiver, nettoyage des boxes, distribution du foin, sorties des chevaux en prairie, réparation des clôtures et autres joyeusetés ! Petit à petit, j’ai essayé, avec l’aide de quelques personnes, d’améliorer les conditions de vie et la gestion quotidienne des chevaux.

Au printemps dernier, avec l’aide d’Angélique Descarpentry (nutritionniste et expert en gestion de prairies), nous nous sommes attaqués au problème de la gestion de l’herbe. Il faut savoir que chez nous, nous proposons 6 mois de pension prairie exclusive par an. Sur papier, cela paraissait très simple !

Nous avons commencé par diviser nos prairies de façon plus logique. Il y a quelques années, nous avions parfois jusqu’à 27 chevaux en pension l’été, que nous divisions en deux troupeaux. Nous leur laissions accès à toutes les prairies dès le début du printemps, mais nous nous retrouvions régulièrement avec des prairies rases dès le début du mois de juillet. Nous sacrifions également deux prairies l’hiver (hachurées en jaune sur le plan), très mal choisies à l’époque. En effet, l’une d’entre elles est la prairie la plus humide que nous possédons, car traversée par un ruisseau. Il était donc logique que nous la récupérions en l’état de champ de boue au début du printemps. Autant dire que la gestion des prairies était loin d’être optimisée !

Les parcelles utilisées précédemment pour l’hiver, hachurées en jaune

Grâce à Angélique et quelques calculs de superficie, nous avons donc divisé nos grandes prairies en parcelles plus petites et plus ou moins équivalentes en terme de surface. Elles font toutes à peu près 1 hectare. Nous avons aujourd’hui 9 parcelles ainsi que 2 plus petits paddocks qui nous servent lors de l’introduction de nouveaux chevaux ou quand il faut en isoler un. Nous avons aussi limité le nombre de chevaux durant les mois d’été : 20 chevaux au maximum, pour environ 10 hectares de prairie.

Une partie de la division actuelle de nos parcelles

La théorie est très simple : 10 chevaux à la fois sur une parcelle d’un hectare, qui pâturentl’herbe jusqu’à 5 cm, et on les change de prairie. Cette méthode s’appelle la rotation de pâtures, et elle permet de limiter le surpâturage. Le surpâturage, cela favorise l’épuisement de l’herbe et a des conséquences néfastes pour le cheval (obésité, fourbure,…). Nous avons donc progressivement remis les chevaux à l’herbe au mois de mai, avec beaucoup de confiance en notre nouvelle gestion. Nous étions sûres que cette année, ce serait zéro fourbu, zéro obèse, et des prairies en bon état à l’automne.

Bienvenue dans la réalité !

Oui, mais … les conditions climatiques, la nature des sols et surtout, le fait que la prairie soit un élément vivant et sensible sont autant de choses que nous ne contrôlons pas ! Nous nous sommes vite rendus compte que certaines parcelles étaient beaucoup moins denses que les autres, et que les chevaux pouvaient donc y rester moins longtemps. Le problème, c’est que cette rotation prématurée a raccourci le temps de repos de toutes les parcelles. Au bout de la deuxième rotation, certaines d’entre elles montraient déjà des signes de fatigue. Nous avons aussi réalisé que si les prairies précédemment sacrifiées pour l’hiver avaient beau sembler bien hautes et fournies, ce n’était pas le cas. Elles possédaient en réalité très peu de variétés de graminées ou légumineuses intéressantes pour les chevaux.

Et puis, le plus gros coup dur de cette année fut la sécheresse invraisemblable qui a touché nos régions durant pratiquement deux mois. Plus d’eau, plus de pousse d’herbe, plus de nourriture pour nos chevaux. Nous avons du les nourrir avec le foin que nous avions récolté en vue de l’hiver. Nos réserves ont donc drastiquement diminué et notre projet de nourrir tous les chevaux au foin à volonté risque d’être compromis cette année. À la veille de l’entrée en pension hiver (durant laquelle les chevaux sortent en prairie la journée dans une parcelle qui reste sacrifiée), le bilan de notre gestion de prairies est un peu mitigé. Nous avons évidemment mieux géré la quantité d’herbe disponible. Et, si la sécheresse ne nous avait pas frappés, nous aurions encore à l’heure actuelle des prairies en bon état.

La nouvelle division des parcelles, comprenant la prairie sacrifiée pour l’hiver (numéro 5)

Par contre, nous avons réalisé qu’un énorme travail sur la qualité des sols nous attend pour les prochaines années. Nous devons en effet « réparer » les erreurs du passé et régénérer les parcelles abîmées par des années de surpâturage et de piétinement. Et tenter d’éradiquer les plantes qui en ont profité pour envahir nos prairies (rumex, plantain,…).

En conclusion : la gestion de pâture, ça ne s’improvise pas ! Si on cherche à faire au mieux, il faut toujours s’attendre à ce que nos plans soient modifiés par des éléments qu’on ne peut pas contrôler. Et surtout, il faut savoir qu’on s’attelle à une tâche ardue, celle de respecter tous les êtres vivants concernés par cet écosystème. En effet, la gestion de prairie concerne : chevaux, humains, prairie, insectes, oiseaux,…

Alors on respire un grand coup, on s’entoure des bonnes personnes (experts, propriétaires, agriculteurs,…) et on garde toujours en tête que même si ça n’est pas encore parfait, c’est toujours mieux que rien !

P.S : si vous souhaitez en savoir un peu plus sur la gestion de prairie, rendez-vous sur notre chaîne Youtubepour visionner la FAQ d’Angélique Descarpentry et The Tack Room !

Lucie Gérard

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