Et si mon cheval était en surpoids ?

Et si mon cheval était en surpoids ?

Le surpoids est de plus en plus présent chez nos chevaux et poneys domestiques. Dans nos sociétés occidentales le dicton « mieux vaut trop que pas assez » est courant. Cet état n’est pourtant pas sans conséquence, tant sur le bien-être que sur la santé de nos chevaux. Le surpoids, qui peut mener à l’obésité, est un problème multifactoriel demandant une prise en compte globale. Cet article vous propose de définir ce qu’est le surpoids ainsi que les causes pouvant être à son origine. La seconde partie de cet article proposera des voies pour y remédier.

Un cheval en surpoids ou obèse, qu’est ce que c’est ?

En médecine humaine, l’obésité se définit comme « un excès de masse grasse entraînant des inconvénients pour la santé ». Chez le cheval cette définition peut également s’appliquer. Quand le cheval est en surpoids, il a un excès de graisse corporelle. D’un point de vue pratique, c’est la note d’état corporel (définition ci-dessous) qui va permettre de définir si le cheval est à un poids idéal, en surpoids ou obèse. Le cheval peut être également en-dessous de son poids idéal, mais cette thématique fera l’objet d’un prochain article).

Perception de cette problématique par les détenteurs d’équidés

Le surpoids et l’obésité sont donc deux problématiques de plus en plus répandues ! Et pourtant, le monde équestre ne les évalue pas bien. Nous avons très souvent tendance à voir notre cheval plus fit ou plus maigre qu’il ne l’est vraiment. Notre œil s’est habitué à voir des chevaux en surpoids et a pris cela comme une norme. Pourtant, que ce soit pour le surpoids ou l’obésité ce n’est pas sans conséquence sur notre cheval.

Les propriétaires de chevaux ont souvent tendance à sous-estimé le degré de surpoids de leur cheval.

Ce phénomène de surpoids est un problème de plus en plus présent chez nos chevaux domestiques. En 1998, une première étude menée aux Etats-Unis (Anon, 1998) indiquait qu’environ 1,5% des chevaux de ce pays étaient en surpoids ou obèses. Néanmoins, cette estimation se basait sur la perception des propriétaires de leur cheval. Des études plus récentes ont montré que cette part était largement sous estimée lors de l’étude de 1998. Chez les chevaux de loisirs une étude réalisée en Écosse en 2008, sur 319 chevaux, montrait que 35% d’entre eux étaient en surpoids. 10% d’entre eux étaient considérés obèses. Même constat aux Etats-Unis en 2010. Les chercheurs faisaient mention de 48% de chevaux en surpoids ou obèses sur une population de 366 individus. En 2012, toujours aux Etats-Unis ce sont 32% des chevaux qui étaient notés en surpoids et 18,7% obèses.

Ce décalage entre la perception des propriétaires et la vision « standardisée » par rapport à une grille de notation est important. Il a également été évalué. En effet, une étude faite en 2008 et une seconde réalisée en 2011 montraient que moins de 50% des détenteurs d’équidés étaient conscient du problème de surpoids de leurs chevaux.

Un outil d’évaluation objectif

Face à ce constat deux éléments peuvent être mis avant :

– De façon certaine, peser ou estimer le poids ne suffit pas. Il est possible qu’un cheval avec beaucoup de gras fasse le même poids qu’un cheval avec du muscle. Connaître le poids sans regarder le cheval est quasiment inutile. Il faut donc rajouter un deuxième critère, celui de l’état corporel.

– On manque souvent de critères objectifs pour définir si le cheval maigrit ou grossit. Il en va de même pour juger de son état corporel à un moment précis. L’évaluation de l’état corporel est un système d’évaluation objectif de l’état du corps du cheval au moyen d’une note. En pratique, l’observateur se focalise sur des zones précises. Il évalue la masse des dépôts de gras et y attribue une note.

Les Haras nationaux ont mis en ligne un outil permettant d’évaluer plus facilement la note
d’état corporel de son cheval. 

Le système de notation va de 0 à 5. La note de 0 correspond à un cheval d’une extrême maigreur. Celle de 5, à un cheval présentant une obésité très préoccupante. L’intervalle optimal se situe entre 2,5/5 et 3,5/5. Un cheval présentant une note d’état corporel (NEC) supérieure à 3,5 sera considéré comme gras. Au-dessus de la note de 4/5, il sera considéré comme très gras. A partir de 4,5/5 le cheval sera considéré obèse.

Les zones à regarder et à palper sont au nombre de cinq. L’encolure, le garrot, l’arrière de l’épaule, les côtes et l’attache de la queue. Il est possible de regarder à la fois la croupe et l’attache de la queue.

Le tableau ci-dessus présente les observables selon les zones pour les notes 3, 4 et 5.





Lors de l’estimation de la note d’état corporel, quelques erreurs sont à éviter. La première est la plus commune et revient à confondre un cheval avec un gros ventre et un cheval gras. En effet, un cheval avec un gros ventre n’est pas forcément gras. L’arrondi du ventre n’est pas forcément lié à la masse graisseuse. Il ne faut pas oublier que le système digestif se situe dans l’abdomen et qu’il y occupe une place (très !) importante. Il ne faut également pas confondre les masses graisseuses et les masses musculaires. Les poils d’hiver peuvent également être trompeurs. Il est important de faire une observation visuelle mais aussi de toujours aller palper pour s’assurer que ce que l’on voit reflète bien la réalité.

Ce tableau vous permet d’avoir une première idée pour estimer si votre cheval est proche de son poids idéal, gras, très gras ou en surpoids. Il devrait être possible, à toutes saisons, de sentir les côtes en passant la main sur l’abdomen du cheval. Pour les chevaux ayant tendance à être sous leur poids de forme ou à perdre de l’état, un 2ème article leur sera consacré. Ce même tableau sera présenté en intégrant les notes de 0 à 2.

Les troubles et maladies associées à l’obésité

« Mieux vaut trop que pas assez ». Ce dicton pourrait être remplacé pour notre cheval par «Mieux vaut juste ce qu’il faut que trop ou pas assez » ! En effet, bien que l’opulence aille de paire dans notre société avec la santé, c’est pourtant loin d’être le cas. Chez le cheval, le surpoids et l’obésité peuvent augmenter les risques de troubles orthopédiques, mais pas seulement. Ils sont aussi liés à des risques cardio-vasculaires, de maladies métaboliques ou encore de désordres intestinaux. L’obésité va également souvent induire un état inflammatoire. Cet état a notamment pour effet de réduire l’efficacité du système immunitaire et une altération des sécrétions hormonales. Elle réduit également les capacités de thermorégulation et la tolérance à l’effort. Elle est également un facteur de risque d’apparition de la maladie de Cushing ou encore du syndrome métabolique équin.

La fatigue des articulations, engendrée par le surpoids, peut accélérer leur vieillissement et largement augmenter leur fragilité. Pour se « comparer » aux chevaux athlètes ou aux chevaux de loisirs il est possible de s’imaginer partir en randonnée. Ou bien pour un marathon ou un sprint, avec des poids accrochés sur le corps. Cela donne une excellente idée de la fatigue musculaire et articulaire que cela peut engendrer.

La semaine prochaine, nous parlerons des nombreuses causes qui peuvent être à l’origine d’un surpoids ou d’obésité chez le cheval.

Article rédigé par Angélique Descarpentry, ingénieure en nutrition équine.

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