Dans la première partie de cet article, Angélique vous expliquait ce qui se cache derrière le terme “cheval en surpoids”, et vous présentait un outil d’évaluation de surpoids. Dans cette seconde partie, elle vous parle des causes qui peuvent être à l’origine de ce phénomène.

Pourquoi mon cheval est en surpoids ?

 

  • Des facteurs externes et internes

Les causes de l’obésité sont multifactorielles. Ces facteurs peuvent être internes comme la génétique et les émotions ou externes comme l’environnement. Les facteurs environnementaux comprennent notamment la suralimentation.

 

  • L’alimentation

Le surpoids et l’obésité traduisent un déséquilibre entre l’apport énergétique et les dépenses journalières du cheval. Les apports de « carburant » sont supérieurs aux dépenses. Ces besoins journaliers sont déterminés par des facteurs internes comme la génétique ou le stade physiologique (croissance, gestation…). Mais ils sont aussi influencés par des facteurs externes tels que les conditions environnementales et l’intensité du travail.

Pour notre cheval domestique, il est important de souligner que ses besoins en énergie ne sont pas très élevés. En effet, son activité est rarement importante hormis pour des chevaux athlètes. De ce fait, une alimentation à base de fourrages ayant une valeur énergétique plutôt faible est largement suffisante. Une grande majorité des chevaux est actuellement sur-nourrie. Les aliments concentrés comme les granulés, les floconnés ou les mélanges traditionnels ne sont pas une obligation dans l’alimentation de nos chevaux. Le fourrage en revanche est primordial et doit toujours constituer la base de l’alimentation du cheval quel que soit son activité et son mode d’hébergement. Si votre cheval est dans son poids idéal et en forme avec des fourrages, alors il est inutile d’ajouter un aliment concentré. Il faudra par contre bien prendre en compte ses besoins en macro et oligoéléments qui ne seront pas totalement comblés avec une alimentation uniquement à base de fourrage.

Une étude datant de 2012 montrait (assez logiquement) que sur 300 chevaux de loisirs nourris avec du foin et 1,4 kg d’aliment concentré le risque de présenter un surpoids ou de l’obésité était nettement plus élevé que lorsqu’ils étaient nourris uniquement avec des fourrages.

L’accès à des pâtures d’herbe très riche doit aussi être réfléchi. Mieux vaut rechercher un lieu de vie et de pâturage diversifié, comprenant une strate herbacée variée, haies, arbres et arbustes, plutôt qu’une prairie « aseptisée » composée uniquement d’un beau tapis vert. Certaines pâtures ont été artificialisées et sont composées d’espèces sélectionnées pour leur richesse en énergie et protéines.

Un apport de calories supérieur aux besoins est une des causes principales de ce phénomène de surpoids chez nos chevaux. Il est indispensable de se rappeler que notre cheval est un herbivore fait en tout premier lieu pour consommer des fourrages avec une valeur nutritive plutôt basse.

Il est également important de souligner que l’équilibre alimentaire est également primordial pour limiter les phénomènes d’obésité. Des excès mais aussi des carences, notamment au niveau des macro et des oligoéléments, peuvent encourager le stockage de gras par l’organisme.

 

  • La capacité de régulation et l’effet accumulation

Dans la nature, les chevaux présentent une variation de leurs poids et de leur état corporel tout au long de l’année. Le printemps et l’été correspondent à des périodes de richesse alimentaire où les chevaux vont avoir des apports plus importants pour préparer l’hiver.  C’est également le cas pour des chevaux avec des besoins de lactation, de reproduction ou de croissance. La consommation alimentaire est plus importante. À l’hiver, l’énergie stockée sous forme de gras dans les tissus, est mobilisée pour faire face à la diminution des ressources alimentaires. Sur l’ensemble de l’année, le cheval va donc voir son poids fluctuer.

Pour notre cheval domestique, le constat est généralement différent. Il est possible en premier lieu de s’interroger sur la richesse des aliments disponibles en condition domestique versus condition non domestique à la belle saison. L’humain a fait évoluer les espèces végétales et, comme cela a été mentionné précédemment, les a rendu souvent plus riche et plus productive. Il est donc probable que même en condition de grande disponibilité des ressources, l’alimentation de notre cheval soit plus riche qu’en condition non domestique.

Mais le point à souligner le plus important se situe durant l’hiver. En condition domestique, dès que l’herbe vient à manquer dans les pâtures nous apportons du foin, ce qui est obligatoire ! Notre cheval n’a pas la possibilité de sortir de sa pâture pour aller chercher plus loin une autre source d’alimentation. Le cheval reçoit donc du foin, ce qui est un impératif quand l’herbe n’est plus suffisante. Mais il va souvent recevoir en supplément un aliment concentré pour éviter toute perte de poids. Si cela peut être salutaire pour des chevaux perdant de l’état, cela ne l’est pas pour ceux qui grossissent en regardant un brin d’herbe.

En leur interdisant de perdre le moindre gramme au foin durant la période hivernale, nous encourageons « l’effet accumulation ». Prenons un cheval en poids idéal avec NEC de 3/5, en décembre 2018. Ce cheval va passer son hiver en poids de forme avec du fourrage et un aliment concentré, tout va bien. Arrive le printemps de cette année (2019). Ce même cheval, à l’herbe, va progressivement prendre du poids et du gras pour arriver à une note d’état corporel de 3,5/5 qui reste correcte. À l’arrivée de l’hiver 2019/2020, il reçoit de nouveau du fourrage et un aliment concentré, son poids reste stable. Au printemps 2020, retour à l’herbe et nouvelle augmentation de poids. Sa NEC passe à 4/5 et ainsi de suite durant plusieurs années.

Cette illustration schématique de ce type d’accumulation peut à terme amener des chevaux à être en surpoids. Cette obésité entraîne des risques augmentés de fourbures, d’arthrose ou de maladies cardio-vasculaires ou encore métaboliques.

 

  • La génétique et « l’effet mondialisation »

La génétique est un autre facteur pouvant prédisposer à l’obésité. Comme pour les humains, à alimentation équivalente, certains chevaux grossiront quand d’autres auront du mal à se maintenir en état. Ils sont appelés respectivement « Easy keeper » (ceux qui grossissent en regardant l’herbe pousser par exemple les chevaux ibérique, quarter, poneys…) et « Hard keeper » (ceux que l’on appelle les « greniers à nourriture » : trotteur, pur sang anglais…). Les Easy Keeper ont besoin de moins de calories que les Hard keeper pour se maintenir dans un bon état corporel et sont plus sensibles au surpoids et à l’obésité.

Une hypothèse, qui n’a pas encore été prouvée actuellement, mentionne que l’évolution aurait sélectionnée des gênes chez certaines lignées de poneys et chevaux. Ce serait ces traits génétiques qui auraient facilités la survie lors des périodes de disponibilité alimentaire réduite. Ces traits génétiques sont appelés « Thrifty genotype » ou génotype économe en français.

Même si cet élément reste une hypothèse probable un autre élément peut être évoqué lorsque l’on s’intéresse à la génétique : c’est l’effet mondialisation. Avec la facilitation des transports sur grande distance, des chevaux ont pu être amenés bien loin de leur berceau d’origine au sein duquel ils ont évolués pendant de nombreuses années. Les chevaux barbes ou arabes ont par exemple vécu dans des milieux pauvres au cours de leur évolution… Évolution qui a sélectionné les individus capables de survivre à ces conditions. Avec la mondialisation, les descendants de ces chevaux se retrouvent dans un environnement bien plus riche. Cette situation encourage la prise de poids pour des chevaux capables de s’entretenir avec un fourrage très pauvre.

 

  • Un manque d’activité

Chez les humains, les recherches ont montré qu’une faible activité physique même sur le court terme augmentait la masse graisse et altérait la sensibilité à l’insuline. Chez les chevaux le rôle de l’activité ou de l’inactivité physique dans le développement de l’obésité est inconnu. Cependant, il est certain que ce manque d’activité physique, combiné à une suralimentation, est un facteur de développement. Nos chevaux ont pour la majorité une activité physique réduite avec des déplacements limités. Cet élément vient sans nul doute encourager le phénomène de prise de poids.

 

  • Le système hormonal et les émotions

Chez l’Homme, les études sur l’impact du système hormonal dans les cas de surpoids et d’obésité sont nombreuses. Il est connu aujourd’hui que la régulation du poids, de l’appétit ainsi que de la masse des tissus gras est étroitement liés au système hormonal.

Deux hormones, la ghreline (appelée « hormone de la faim » car elle stimule l’appétit) et la leptine (appelée « hormone de la satiété » car elle contrôle la sensation de satiété dans le corps) ont été impliquées dans le développement ou le maintien du phénomène d’obésité. D’autres hormones, comme l’insuline qui gère aussi la régulation de l’appétit, sont également mises en cause dans les problématiques d’obésité.

Revenons en à la leptine, Depuis sa découverte en 1994, la leptine a largement été étudiée, bien que de nombreuses interrogations subsistent. Cette hormone est principalement sécrétée par les adipocytes (cellule de stockage de la graisse). Sa concentration est donc généralement associée à la quantité de tissus adipeux dans l’organisme. Néanmoins chez le cheval, différentes études ont montré des taux de leptine très hétérogènes pour des masses grasses apparemment similaires. Il apparaît donc que des facteurs autres que le tissu adipeux affectent la production et la sécrétion de leptine dans l’organisme.

Les émotions et notamment celles de stress viennent encourager une altération des sécrétions hormonales pouvant favoriser le surpoids et l’obésité. En effet, le stress est bien souvent une cause méconnue de la tendance au surpoids chez le cheval (et aussi de la perte de poids). Cette émotion peut être causée par différents facteurs. Parmi ceux-ci : des conditions de vie non adaptées, un groupe d’équidés où le cheval ne trouve pas sa place, une alimentation fractionnée et non adaptée…

Schématiquement, en cas de stress (généralement à long terme), le cerveau demande à l’organisme de passer « en mode survie », ce dernier va alors stocker pour survivre et il va stocker sous forme de gras. Le stress biaise la réponse de l’organisme. Cet effet est dû à une cascade de réponse hormonale. Lors d’un stress du cortisol est libéré. Cela a pour effet de tenir le corps avec une glycémie élevée (ce qui est capital en cas de besoin d’effort physique important comme une fuite). Les décharges d’insuline qui ont pour but de réguler la glycémie sont ignorées et l’organisme va stocker du gras. L’insuline stimule l’accumulation de graisse.

Comme cela a été vu précédemment, l’augmentation des masses grasses accroit le libération de leptine. Cette hormone censée réguler la prise alimentaire va être finalement ignoré par le cerveau en raison de l’état inflammatoire de l’ensemble de l’organisme. Elle ne pourra donc plus jouer son rôle.

Le stress (et son effet sur le système hormonal) peut donc être un facteur parmi d’autres favorisant les problématiques de poids chez le cheval. Le respect des besoins fondamentaux (dont l’alimentation en quantité suffisante en fourrages fait partie) et la recherche d’états émotionnels positifs chez le cheval apparaissent donc essentiel à prendre en compte dans les problématiques de surpoids et d’obésité.

 

  • Quelles solutions pour un cheval en surpoids ?

C’est ce que nous verrons dans la troisième partie de cet article. Selon vous et suite à la lecture de cet article, quelles pistes peuvent être évoquées/utilisées pour favoriser une perte de poids ?

Article rédigé par Angélique Descarpentry, ingénieure en nutrition équine.

Bibliographie

– ANON, 1998. Equine Health and Management, National Animal Health Monitoring. United States Department of Agriculture.

– GEOR R, HARRIS, P ; 2013. Equine applied and clinical nutrition. Section E : Clinical Nutrition – Obesity p 487-500.

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– KUNTZ et al, 2006. Seasonal adjustment of energy budget in a large wild mammal, the Przewalski horse. Journal of Experimental Biology 209.

– STEPHENSON et al, 2011. Prevalence of obesity in a population of horses in the UK. Veterinary Record, 168.

– THATCHER et al, 2012. Prevalence of over conditioning im mature horses : in Southwest Virginia during the summer. Journal of Veterinary Internal Medicine, 26.

– TREIBER et al, 2006. Evalution of genetic and metabolic predispositions and nutritional risk factors for pasture-associated laminitis in ponies. Journal of the American Veterinary Medical Association, 228. – WYSE et al, 2008. Prevalence of obesity in riding horses in Scotland. Veterinary Record 162.

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Les commentaires

joelle71

- 6 septembre 2019 à 14 h 27 min

Article très intéressant ! A quand la suite ?